Editorial

"Bin Jamin", ça signifie "sans terre" en Hindi, et comme je m'appelle Benjamin et que je loue mon appartement, c'est un bon titre pour mon blog.

On nous parle à longueur de temps de "Mondialisation heureuse" et de développement nécessaire et favorable à tous. Alors juste un petit blog,  pavé de plus dans la mare des joyeux chantres des bienfaits de la Globalisation. Il se base sur des expériences personnelles et s'adresse à tous les "sans", sans terre, sans air, sans droits, sans papiers, sans travail, sans toit, sans toi aussi d'ailleurs... Les récidivistes du stage s'y reconnaîtront.

Toute accusation d´affiliation à un groupe, parti, association, clubs de libéraux masochistes ou de néomarxistes, de joueurs de boules, de propriétaires de chien qui pue, de réhabilitation du clocher de Moussac ou de je ne sais quoi encore ne serait que fumisterie et vil procès d´intention. Les propos rédigés en ces pages n´engagent que leur auteur afin de partager des points de vue, des expériences vécues, des constats lors de voyages à l'étranger, etc. Il s'agit de réfléchir, un peu, sur le développement, sur l'environnement, sur l'actualité, sur la politique, sur l'altérité sans trop d'austérité. Bin Jamin se veut un vecteur d'informations généralistes à tendance sociale et écologique, mais également nationale et internationale.

Sa philosophie: " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie. La vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit." (Gandhi)

Ou encore: "Le nouvel ordre mondial est en vigueur jour et nuit, selon le principe que celui qui ne produit pas, qui ne consomme pas et qui n'a pas d'argent pour le mettre en banque est inutile. Ainsi les immigrants, les sans terre, les sans toit sont traités comme les déchêts du système: ils doivent être éliminés." (John Berger)


Tous les commentaires sont les bienvenus, de même que les textes d'auteurs qui se sentent inspirés.
 

Jeudi 20 novembre 2008

« L’eau peut agir sans poisson, mais le poisson ne peut agir sans eau »

 

Lao Tseu

 

 

L'eau est un élément fondamental, indispensable à la vie. Nous sommes tous composés à majorité d’eau. Sans elle, pas de vie sur terre. Malheureusement, dans certaines parties de la planète, elle est une denrée très rare et difficile d'accès. Polluée par les activités humaines, pillée par des multinationales, première victime du réchauffement climatique, l’eau est le meilleur baromètre pour constater l’état de santé de notre planète. Et l’eau est en danger !

 

 

Enjeu global

 

Synonyme de vie, l’ « Or bleue » est également vecteur de mort et de maladies : d’après un rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) du 26 juin 2008, les problèmes d’eau, d’assainissement et d’hygiène, sont responsables de 9,1 % des maladies enregistrées chaque année dans le monde. Les enfants en sont les premières victimes, puisque l’eau est en cause dans 22 % des maladies des moins de 14 ans.

 

Mme Annette Prüss-Ustün, une des auteurs du rapport, a souligné lors d’une conférence de presse à Genève que : « Dans les 35 pays les plus touchés, plus de 15 % des maladies pourraient durablement être évitées en améliorant l’eau, l’assainissement et l’hygiène ».

 

Il existe en matière d’eau une forte inégalité entre pays riches et pays pauvres : si l’eau est à l’origine de moins de 1 % de la mortalité dans les pays développés, cette proportion atteint 10 % dans les pays en développement. L’eau est mise en cause dans des maladies comme le paludisme, la dengue ou les diarrhées. L’eau souillée est à l’origine d’un dixième des maladies et de 6 % des décès dans le monde.

 

Si l’accès à l’eau potable se généralisait, toujours d’après le rapport de l’OMS, à l’échelle de la planète, 9,1 % des journées de travail perdues pour cause de maladie pourraient être évitées.

 

Mais un grand nombre des pays en voie de développement n'ont pas les moyens de la dépollution, de même que ceux de lutter contre les multinationales qui s’approprient à des fins mercantiles les ressources en eau de certains pays.

 

En Inde par exemple, à Plachimada, dans l'Etat du Kerala, au sud du Sous continent, Coca Cola avait installé une usine pour produire ses bouteilles à partir de mars 2000. La société pillait sans vergogne les nappes phréatiques, jusqu’à 500 000 litres d’eau par jour. Après un combat acharné des paysans, aidés par des militants altermondialistes, dont la fameuse physicienne écologiste indienne Vandana Shiva, les opposants à Coca Cola gagnèrent une première bataille devant la Cour suprême du Kérala, avant de perdre le deuxième round. Aujourd’hui le combat continue.

 

Nombre d’endroits à travers la planète, bien souvent au sud, connaissent ce type de batailles. Ben S’mim, village du Maroc, dont les habitants luttent contre l’Euro-africaine des eaux qui cherche à privatiser la source du village ; Léré, village du nord-ouest du Mali, dont les villageois protestaient contre un projet de privatisation du réseau d'eau potable jusqu’à ce que les forces de l'ordre tirent à balle réelle sur les manifestants, faisant un mort et plusieurs blessés, tout récemment ; en Chine, où les multinationales de l’eau commencent à lorgner sur un « marché » gigantesque et encore peu développé, ce qui entraîne d’ores et déjà des annonces d’augmentation du prix de l’eau, etc.

 

Les simples individus sont bien souvent seuls et désarmés face à des groupes puissants à la force de frappe financière supérieure à celle de leur propre état. Leur incroyable détermination permet pourtant de gagner quelques batailles ponctuelles. Mais la vigilance permanente est de rigueur. C’est toujours «David contre Goliath».

 

Dans de nombreuses régions du monde, l'eau est également source de conflits géopolitiques plus ou moins larvés : bataille pour le partage des eaux du Jourdain entre Israël et ses voisins ; bataille autour du plateau du Tibet sur lequel prennent leur source le Brahmapoutre, le Mékong, l’Indus, le Fleuve Jaune et le Yangtze, parmi les plus grands fleuves du monde (on comprend mieux pourquoi la Chine ne tient pas vraiment à l’indépendance du Tibet) ; bataille pour la répartition des eaux du Nil, pomme de discorde entre l’Egypte et l’Ethiopie, etc.

 

Si l’on n’y prend pas garde, après l’or des Amériques du 16ième au 19ième siècle, ou encore le pétrole au 20ième siècle, l’eau pourrait devenir le facteur déterminant de guerres terribles au 21ième siècle.

 

Enjeu local

 

En France maintenant : comme dans le reste de l’Europe, l'eau y devient de plus en plus chère. Au sein de la facture Eau et Assainissement, l'eau potable représente près de 50 %. Le coût de ce bien de consommation pas comme les autres, parce qu’absolument indispensable, pèse donc de plus en plus lourdement sur les budgets des ménages et des collectivités territoriales.

 

La facture d'eau et d'assainissement représente en moyenne 400 euros par ménage et par an (facture moyenne de 120 m3 pour une famille de 4 personnes). La partie eau potable représente environ 190 de ces 400 euros.

           

L’eau un besoin essentiel, dont on ne peut se passer et dont l’achat ne peut être reporté à plus tard pour cause de difficultés passagères. Elle constitue une dépense parfaitement captive : l'usager ne peut choisir son fournisseur et faire jouer la concurrence. Cette dépense est totalement contrainte. On ne peut ainsi absolument pas faire l’économie d’une interrogation complète sur le meilleur mode de gestion possible de l’eau.

 

En l’Ile-de-France, l'eau potable est gérée par plusieurs syndicats : le Sedif, Eau de Paris, le syndicat de la presqu’île de Gennevilliers, le syndicat des eaux de Versailles et Saint-Cloud, la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, etc.

 

Le Sedif - Syndicat des Eaux d’Ile-de-France - mutualise la production et la distribution de l’eau pour une bonne partie de la région parisienne depuis 1923. Cet établissement public de coopération intercommunale gère le service public de l’eau potable pour le compte de 144 communes, soit quatre millions de personnes dans sept départements.

 

Depuis 1962, le Sedif est lié par contrat à Veolia (leader mondial en environnement, multinationale vorace oeuvrant sur les cinq continents, plus de 300 000 salariés dans 67 pays, au chiffre d’affaires de plus de 26 milliards d’euros en septembre 2008). Or ce contrat arrive à échéance le 31 décembre 2010.

 

Les 144 communes sont ainsi invitées à se prononcer, par l'intermédiaire de leurs délégués siégeant au Sedif, le 11 décembre 2008, sur le futur mode de gestion de l’eau devant entrer en vigueur au 1er janvier 2011. Il semble logique qu’elles le fassent en toute connaissance de cause et dans l’intérêt général.

 

 

Or, depuis plusieurs années, nombre d’études (Cour des Comptes, Haut Conseil au Service Public, Conseil de la concurrence, Chambre régionale des comptes, UFC-Que-Choisir, etc.) se sont penchées sur la gestion de l'eau, en comparant gestion publique et gestion privée dans différentes villes. D’après ces études, il convient d’envisager la question sous trois angles :

 

-Celui de la gestion déléguée

-Celui du prix de l'eau

-Celui de la concurrence dans le cas d'un renouvellement de délégation

Sur la gestion déléguée, l'étude d'UFC Que-Choisir réalisée en 2008 par exemple, estime qu'une économie minimum de 80 à 90 millions d’euros sur les 300 millions de budget attribué au délégataire Veolia, est possible. Cette économie pourrait même atteindre 150 millions d'euros, soit 50 %.

Sur le prix de l'eau, toutes les études réalisées arrivent à la conclusion que la gestion privée entraîne un surcoût significatif pour l’usager. Dans le cas du Sedif, la Cour des Comptes a évalué ce surcoût à 31 % et l’UFC Que Choisir a estimé le "sur-profit" annuel de l’ordre de 80 à 90 millions d’euros, soit une économie potentielle de 27 à 30 %.

Sur la question de la concurrence dans le cas d'un renouvellement de délégation, dans un rapport publié en 1999, le Haut conseil au service public constate que seuls 5 % des contrats ne sont pas reconduits avec le délégataire antérieur, se demandant ainsi s’il n’existe pas un « monopole de fait », le facteur concurrentiel n’ayant alors aucun impact pour baisser les prix.

Tous les rapports montrent que la délégation de la gestion de l’eau à une entreprise privée est une très bonne affaire pour cette dernière et une facture toujours plus élevée pour les usagers. André Santini, actuel président du SEDIF, prône pourtant le renouvellement de la régie intéressée rénovée, soit la continuation de la délégation à Véolia.

A Paris, siège des deux plus grands opérateurs privés du secteur de l’eau, la gestion de celle-ci est pourtant en passe de revenir sous contrôle public.

Un nouvel opérateur public y verra le jour en 2009, qui reprendra les missions aujourd’hui dévolues à la Compagnie des eaux de Paris (Veolia Environnement) et à Eau et Force, (filiale de Suez-Lyonnaise des eaux), conformément à l’engagement contracté avant sa réélection par Bertrand Delanoë, réélu maire de Paris en mars 2008.

Au vu de tout cela,

Sachant que l'eau n'est pas un bien comme les autres, mais un besoin essentiel et qui constitue une dépense captive,

Sachant par ailleurs que d'importants bénéfices et plus-values sont réalisés par Véolia au détriment des populations des 144 communes relevant du SEDIF,

Sachant que ce dernier est propriétaire de toutes les installations de production et de distribution (usines, réservoirs, canalisations...) et a donc, depuis 85 années d'existence, les compétences requises pour être gestionnaire de la production et de la distribution de l'eau potable,

Sachant que de nombreuses villes et collectivités, telle Paris, ont prouvé la pertinence et l'efficacité d'une gestion en régie publique tant du point de vue de la maîtrise et de la qualité du service que de la baisse du prix de l'eau,

Sachant que tous les rapports et études réalisés depuis 10 ans concluent à une baisse du prix de l'eau plus importante dans l'hypothèse d'un retour en régie,

 

Ayant par ailleurs comme objectifs :

-la réduction significative du prix de l'eau,

-la recherche de l’excellence environnementale dans une logique de développement durable,

-le droit de regard des usagers, des salariés et des élus de ce secteur sur des décisions et une gestion plus transparente,

-la volonté de réduire les inégalités des populations et des territoires dans l’accès à l’eau,

 

Les villes au sein du Sedif ne peuvent pas accepter la continuation de la délégation de la gestion de l’eau à Véolia. Il faut que le 11 décembre une majorité de délégués disent non à André Santini et réclament une gestion de l'eau en régie.

 

 L’UFC Que Choisir a démontré par ailleurs que le prix de l’eau en région parisienne est le double de ce qu’il devrait être. C’est la plus chère de France, autour de 3 € le mètre3, alors qu’elle serait autour de 2 € si sa gestion n’était pas déléguée à Veolia. De plus, cette dernière réalise dans le secteur 90 millions d’€/an de bénéfices indus.

 

L’eau n’est pas une marchandise ! Elle n’a pas à rapporter de l’argent à des actionnaires mais à être accessible à tous, au même titre que l’air que nous respirons.

 

Alors battons-nous, du local au global, pour une eau bon marché, gérée dans l'intérêt général et dans la plus totale transparence.

 

 

Vendredi 7 novembre 2008
Chaque année en Europe 100 000 enfants meurent de maladies causées par l'environnement.
70% des cancers sont liés à l'environnement dont 30% à la pollution et 40% à l'alimentation.

Chaque année en France , on constate une augmentation de 1.1% des cancers chez les enfants.

En France , l'incidence du cancer a augmenté de 93% en 25 ans chez l'homme...

Rien à ajouter, si ce n'est qu'ayant eu moi-même un cancer dans les voies digestives dont personne n'a su m'expliquer exactement la cause, je me sens particulièrement et concerné par ce documentaire, et très en colère contre cette putain d'industrie agro-alimentaire. Qu'elle aille se faire foutre et que tout le monde aille voir ce film courageux!
Mercredi 5 novembre 2008

Certes, Cynthia McKinney, candidate des Verts (ou plutôt « Greens ») n’a pas gagné l’élection présidentielle américaine du 4 novembre 2008. On pouvait en douter, non ? Doit-on pour autant faire les éternels écolos aigris et bouder notre plaisir ?

Mais d’abord avant de passer au cas de Barack qui intéresse tout le monde, un petit retour sur Cynthia :

Cynthia Ann McKinney (photo) est née le
17 mars 1955. Elue à la chambre des représentants des États-Unis avec l'étiquette du Parti démocrate à partir de 1993 et durant 12 ans, elle y représentait le 4e district de Géorgie. Après sa défaite en 2006 face à un policier au Capitole, elle a viré de bord pour se rapprocher des Verts américains, à tel point qu’elle est devenue leur candidate officielle pour l’élection présidentielle qui vient de se dérouler.

Cynthia McKinney est la première élue noire américaine du Congrès à avoir demandé une commission d'enquête sur les événements du 11 septembre 2001. Elle a également longuement enquêté sur la tragédie des Grands Lacs, dénonçant une politique étrangère américaine brutale et irresponsable en Afrique noire. Elle fut envoyée spéciale en Afrique du Président Clinton dans les années 90, l’ayant conduit en 2001 à l’organisation d’une table ronde sur l'attentat du 6 avril 1994 (avec des agents du FBI, des éléments de la CIA, des enquêteurs du Tribunal Pénal International et des témoins de l'attentat) qui avait provoqué la mort du président Juvénal Habyarimana et marqué le début du génocide rwandais.

Ces nombreuses prises de position courageuses lui ont surtout valu le fait d’être cataloguée par les observateurs de la vie politique américaine comme une « théoricienne du complot ». Il faut dire que d’après elle, 5 000 prisonniers avaient été abattus par le pouvoir après l'ouragan Katrina. Elle accusait également Jeb Bush, le frère du président, ancien gouverneur de Floride, de trafic de drogue avec la Colombie. En dehors de ces propos, qui peuvent d’ailleurs très bien relever de la manipulation, Cynthia avait comme piliers de son programme la justice sociale, la démocratie participative et la non-violence. Excellent programme ! Mais bon, l’en dehors du « politically correct » à l’Américaine garantit à coût sur le boycott médiatique.

Cynthia McKinney faisait partie des trois outsiders (avec Ralph Nader, l’éternel indépendant, et Bob Barr, le « libertarien ») capables de faire de la figuration à l'échelle nationale. A l’heure où ces lignes sont écrites, nous ne connaissons pas son score, mais ce qui est sûr, c’est que tout le monde s’en fout. En 2004, son prédécesseur, David Cobb, avait obtenu 120 000 voix (moins de 0,1 %).

Mais là, là, tous les espoirs de changement et les attentes d’une grande partie du peuple américain s’étaient focalisées sur la personne de Barack Obama. Et il a gagné ! De façon incontestable ! Autant en 2000, l’élection de Bush était sujette à controverse, autant là, rien à dire : Barack a obtenu 349 mandats de grands électeurs sur 538, contre 163 à son rival, selon des résultats non encore définitifs. Pour être élu, il devait en obtenir 270.

Dès cette nuit, des scènes de liesse ont éclaté dans tous les Etats-Unis, puis dans d’autres pays à travers le monde, notamment au Kenya, pays de la famille paternelle du nouveau président américain, où le président Mwai Kibaki a même décrété jeudi jour férié afin de célébrer « l'exploit historique » de Barack Obama.

A travers la planète, les alliés traditionnels de Washington, mais également certains pays hostile à l'hégémonie américaine, ont vu dans cette élection un signe de « changement et d'espérance ». La Chine et l'Inde, les deux grandes puissances émergentes, ont exprimé l'espoir que leurs relations avec la première puissance mondiale s'élèvent à « un nouveau niveau ». Le continent européen s’est réjouie à l’unanimité, Russie exceptée, celle-ci étant rarement enthousiaste sur les signes de manifestation démocratique qui semble fonctionner.

Le taux de participation quant à lui a atteint le chiffre record de 66%, ce qui peut paraître faible chez nous, mais qui est pourtant du jamais vu depuis 1908 aux Etats-Unis.

Barack dans le texte, lors de son 1er discours de Président des Etats-Unis devant ses partisans dans le Grant Park, au bord du lac Michigan, dans son fief de Chicago :

 

« Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait aujourd'hui et pendant cette élection, en ce moment historique, le changement est arrivé en Amérique » […] « Si jamais quelqu'un doute encore que l'Amérique est un endroit où tout est possible, qui se demande si le rêve de nos pères fondateurs est toujours vivant, qui doute encore du pouvoir de notre démocratie, ce soir est la réponse ».

Tout est dit : ils sont forts ces Américains ! Un pays hier encore honni de la planète, détesté du Nord au Sud de l’Equateur, pour son impérialisme et ses guerres iniques en Irak et en Afghanistan, pour son hégémonisme et son orgueil vis-à-vis des autres pays, pour son système économique libérale appliqué par tout le monde et ayant amené à la crise actuelle, la plus grave depuis 1929, redevient le temps d’une élection le « phare devant guider le monde ». Attention tout de même à ce que sa lumière n’aveugle pas une nouvelle fois la plupart des gens. N’oublions pas que la doctrine de « la destinée manifeste » des Etats-Unis, idéologie quasi religieuse de la Nation américaine développée dès 1840 pour justifier le génocide des Indiens ou encore l’invasion du Mexique, guide encore la politique étrangère de ce pays, qui a toujours du mal à envisager les points de vue différents des siens.  

Sous Bill Clinton (1992-2000), qui était pourtant nettement plus apprécié que Georges W. Bush, n’oublions pas les guerres, n’oublions pas les plans d’ajustement structurels, n’oublions pas l’embargo irakien responsable de la mort de milliers de femmes et d’enfants innocents, n’oublions pas l’accélération du réchauffement climatique et de la diminution de la biodiversité, etc.

Alors certes, un garçon qui s’appelle Barack Hussein Obama, qui a 47 ans, qui est issu d’une famille somme toute modeste, avec un père kényan et musulman, qui est métis, allez, disons même noir, à la tête de la première puissance mondiale dès janvier prochain, c’est une sacrée revanche de l’Histoire, c’est un sacré symbole et c’est un sacré espoir pour des millions de gens à travers la planète.

Et c’est là le problème. Barack a été élu sur sa personne, et non sur son programme, démocrate et loin d’être révolutionnaire. Peut-être un peu trop d’attentes pèsent sur les épaules de ce garçon. Si la déception s’élève dans les mois qui viennent à la hauteur de l’espérance suscitée par Obama, attention à la « gueule de bois » et au retour de bâton.

Mais bon, pour le moment ne soyons pas bégueules et ne boudons pas notre plaisir. L’élection de Barack Obama est une sacrée bonne nouvelle en ces temps où les occasions de se réjouir politiquement se font rares. Déjà, il va enfin piquer la vedette à l’excité de l’Elysée et ça, ça va nous faire du bien pendant quelques semaines. Ensuite, avec ses talonnettes, notre « omniprésident » va faire bien pâlichon à côté du nouveau super héros américain.

So, now, in USA we will try to trust!

Et sinon une petite pensée pour Cynthia McKinney, que tous ceux qui ne connaissaient pas ont déjà oublié.  

Vendredi 31 octobre 2008

La crise financière historique que nous traversons actuellement nous donne enfin l’occasion d’apercevoir le véritable visage du système économique mondial, que nous connaissons en France sous le vocable de « mondialisation », et que nous subissons depuis bientôt trois décennies. La « croissance », la « sécurité », la « bonne gouvernance », etc., tous ces outils nécessaires à la propagation du néolibéralisme dans les têtes du bon peuple apparaissent aujourd’hui bien fades face à l’ampleur de la catastrophe, dont nous ne subissons pourtant que les prémices. Alors tombons les masques ! La gauche a une occasion historique de revenir en force au cœur du champ politique comme elle a su le faire en Amérique Latine, rompant définitivement avec ce libéralisme mortifère.

Or est-ce bien le chemin emprunté actuellement ? Le Congrès du PS approche, et l’on ne voit pas vraiment apparaître en ses rangs une nouvelle idéologie porteuse d’espoir. L’écologie, la décroissance, la décolonisation de l’imaginaire, toutes ses utopies qui semblent aujourd’hui urgentes à mettre en œuvre ont une occasion historique d’émerger enfin. Les écologistes et les altermondialistes ne devraient plus crier seuls dans le désert par les temps qui courent. Et pourtant…


L’insécurité pour oublier la lutte des classes

L'insécurité consiste en un sentiment d'anxiété que peut ressentir un individu ou une collectivité devant ce qui peut advenir. Peur quant au présent et peur quant à l’avenir. Le sentiment d'insécurité peut être individuel ou collectif, combinant danger bien réel ou imagination de celui-ci. Sa perception est affaire de subjectivité. Les éléments perçus collectivement comme angoissants varient d'un pays à l'autre, d'une période à l'autre, d'une catégorie de population à une autre, etc.

De nombreux acteurs politiques n’hésitent pas à surfer sur le sentiment d’insécurité, voire à le susciter, dans l'optique d’obtenir le soutien des populations sensibles à ce discours. Sentiment d’insécurité quant à son logement, à son emploi, à sa retraite, à sa santé, à la délinquance dans son quartier, la crainte d’un acte terroriste, etc. Les sujets enclins à susciter le sentiment d’insécurité sont nombreux aujourd’hui.

Des auteurs comme Frédéric Fappani font apparaître la notion de sentiment d'insécurité entre 1970 et 1980 : ce sont exactement les rapports Peyrefitte de 1977 et Bonnemaison de 1982 qui consacreront l’insécurité en France, parallèlement à la mise en place du premier plan Vigipirate en 1978 par Valéry Giscard d’Estaing alors que  l’Europe connaît une vague d’attentats. L’insécurité est une manière de se saisir de la question de l'augmentation de délinquance, notamment dans les quartiers populaires, sans avoir à se prononcer sur les causes. Ne serait-elle donc pas une manipulation de l'Etat ?

L’insécurité est en effet une notion bien commode pour dissimuler la question sociale et les rapports de classes, dans une société de plus en plus inégalitaire : la France, qui n’a jamais créé autant de richesses, comptait par exemple, en 2006, 7,9 millions de personnes pauvres (si l’on définit la pauvreté, selon un critère européen, en dessous du seuil de 60% du revenu médian), soit 13,2 % de la population.

Dans un pays traumatisé par le chômage de masse, élément structurel de notre économie depuis le début des années 70, la peur du déclassement social frappe cependant toutes les couches de la population, pas seulement les plus pauvres. Cela provoque une peur de l’avenir dissuadant bien souvent les salariés de revendiquer de meilleurs salaires, déjà bien contents d’avoir un job. Leur frustration n’a plus qu’à être détourné et canalisé vers un bouc émissaire, l’autre, le différent, l’étranger, technique vieille comme le monde, par des hommes politiques, à droite, mais également malheureusement parfois, à gauche : l’étranger, l’immigré, le sans papier, celui qui serait responsable de tous les maux de la France. Les banlieues françaises brûlent ? C’est la faute à ces jeunes immigrés incapables de s’intégrer (nés en France, ils ne sont pas plus immigrés que le reste du pays). Le chômage augmente, c’est du à la pression démographique exercée par ces immigrés du Sud se ruant à nos frontières, etc. 

Parfaitement exploitée par Le Pen à partir du début des années 80, cette technique de l’immigré bouc émissaire a contaminé progressivement tous les esprits au fur et à mesure que la droite pérorait et que la gauche renonçait. Ce phénomène est décrit par des penseurs comme Pierre Tévanian sous le terme de « Lepénisation des esprits » et a quand même amené Jean-Marie Le Pen à être présent au second tour des élections présidentielles d’avril 2002.

Aujourd’hui, en octobre 2008, Nicolas Sarkozy est président de la République française et pratique par le biais de son Ministère de l’immigration et de « l’identité nationale », dirigé par Brice Hortefeux, une politique inique de traque aux clandestins, faite d’enfermement et d’expulsion, dans la droite ligne de ce dont rêvait depuis bien longtemps le Front National. Ce n’est pour rien que son électorat a été véritablement siphonné par Sarkozy.

Le recul de l’Etat providence

Mais si l’Etat français consacre une telle énergie à traquer les immigrés, c’est parce qu’il a abandonné des pans entiers de sa souveraineté et de ses prérogatives parallèlement à l’imprégnation dans tous les esprits de l’idéologie néolibérale. Il reconcentre alors son énergie sur le peu qui lui reste, la sécurité. Depuis les années 80, on n’entend plus que cela, la nécessité du toujours moins d’Etat, dans l’industrie, dans l’éducation, dans la santé, dans la Poste, etc. Le moindre interventionnisme de l’Etat est perçu depuis la chute du Mur de Berlin comme une velléité marxiste d’un autre âge.

De plus, la construction de l’Union européenne a provoqué elle aussi des transferts de souveraineté et donc un abandon de la marche de manœuvre de nos dirigeants. Si cela avait été effectué pour une Europe soucieuse des inégalités sociales, il n’y aurait pas de problèmes, mais malheureusement, d’ailleurs non sans raison, les citoyens perçoivent de plus en plus l’UE comme une prédatrice de prérogatives françaises, non pas au profit d’un continent plus solidaire, mais bien plutôt d’un grand marché européen dont les seuls bénéficiaires semblent être les multinationales. Le non au référendum sur le traité constitutionnel de mai 2005 n’est que la conséquence de cet état de fait.

L’Etat se dépouille progressivement de ce que Pierre Bourdieu nommait la « main gauche », santé, éducation, services à la personne, pour se concentrer sur ses fonctions régaliennes, armée, police, justice. Et encore, l’armée française se plaint de la vétusté des matérielles, la police réclame sans cesse une augmentation d’effectifs, confrontée à des populations soi-disant de plus en plus violentes, les juges quant à eux débordent sous les dossiers, devant appliquer une politique de plus en plus répressive sans moyens supplémentaires, etc. Dans les faits donc, même les fonctions régaliennes de l’Etat français se « tiermondisent ». Mais dans le discours politique ambiant, seules celles-ci semblent revêtir une importance autre que comptable. Pour les profs, les infirmières ou la sécurité sociale, tout ce qui compte par contre, c’est la lutte contre les déficits.

Nos hommes politiques ont très bien compris cela et savent parfaitement que leur seule marche de manœuvre dans la sphère publique concerne les fonctions régaliennes. Lorsqu’ils veulent agir sur l’économie, après avoir fait cadeau au privé pendant vingt ans de toute la richesse publique française (souvenons-nous par exemple de Thomson cédé au privé par Juppé en 1997 pour 1 euro. Ironie de l’histoire, aujourd’hui l’action en bourse de Thomson vaut moins d’un euro), nos élites vont alors pantoufler dans le privé. Pour revenir au centre de l’échiquier politique, ils doivent ensuite se concentrer sur la « main droite » de l’Etat, celle des fonctions régaliennes.

C’est ce que Sarkozy a parfaitement intégré. Après sa traversée du désert entre les présidentielles de 1995 et celles de 2002, il revient dans le jeu en obtenant le ministère de l’Intérieur. Il va alors surfer sur l’insécurité, multipliant les passages au 20h et devenant la personnalité française la plus médiatisée de tous les temps, avec plus de 4000 passages télé en dix ans, soit plus d’une fois par jour en moyenne sur dix années !

Instrumentalisation de l’immigration, provocation dans les banlieues, vocable « racaille » craché avec mépris à la face des habitants des quartiers populaires, sur la dalle d’Argenteuil, un soir d’octobre 2005. S’en suivront, après la mort de Zyed et Bouna, 17 et 15 ans, électrocutés  dans un transformateur électrique où ils s'étaient réfugiés pour échapper à un contrôle de police, des émeutes urbaines violentes dans une grande partie des banlieues françaises. Nos élites viendront ensuite pérorer à la télévision les raisons à cela : Finkielkraut, censé être un « intellectuel », ira ainsi invoquer la polygamie comme phénomène explicatif des émeutes (pourquoi pas les kebabs ?). Et on connaît la suite, Sarkozy, quand même en grande partie responsable de ces émeutes, surfant sur la peur des autres, de ces « nouveaux barbares », se fera élire Président de la république en mai 2007, ayant récupéré toutes les voix du Front National.

Ces jeunes des banlieues ne sont pourtant que les nouvelles « classes dangereuses », comme les ouvriers au 19ième siècle, ceux qui subissent le plus durement le système, qu’ils soient exploités comme hier ou oubliés et marginalisés comme aujourd’hui. En 1871, les journaux dominants de l’époque décrivaient les partisans de la Commune de Paris comme des barbares, des fous sanguinaires, sans aucune volonté politique si ce n’est tout détruire. Pareil pour les jeunes de novembre 2005. Pourtant dans les deux cas, il s’agit d’un sentiment de révolte diffus qui finit par entraîner le passage à l’acte par une exacerbation du sentiment d’injustice, en l’occurrence la mort de deux innocents et les provocations d’un ministre de l’Intérieur pour le second cas.

Quand la gauche renonce…

On aurait alors aimé entendre à ce moment là la gauche remettre en avant la question sociale, le phénomène d’exclusion vécu dans ces quartiers face à une autre marge de la population qui s’engraissait avec l’accélération de la globalisation financière : enrichissement incommensurable de quelques uns face à la dégradation des conditions de vie dans les pays du Sud et les quartiers relégués des pays du Nord. Mais non, le PS continuait de courir après la droite sur le terrain de l’insécurité. Sa « nécessaire » mue idéologique passait par l’inclination devant le « divin marché » et la croissance. Et face au renoncement économique, ne reste plus que la lutte contre l’insécurité, mais « de gauche » (c’est quoi, une matraque en peau de zibeline ?), pour traiter la question sociale.  

Depuis 1983 et le tournant de la rigueur, les socialistes ont abandonné la notion de lutte des classes. Mitterrand déclarait alors « la lutte des classes n’est pas pour moi un objectif ». Lui qui s’était précisément fait élire sur des discours virulents contre les riches pour siphonner l’électorat du PC. Sauf qu’en 1984, le chômage augmente de 25% et que durant l’hiver 1985, Coluche, face à l’inaction de la gauche au pouvoir, ouvre les Restos du Cœur pour soulager les exclus des premiers balbutiements en France de la Globalisation financière qui met à bas l’Etat Providence. Réélu en 1988, Mitterrand et ses amis socialistes vont continuer à « mettre du Mercurochrome sur une jambe de bois » (dixit Coluche), tentant par quelques mesurettes de pallier aux effets les plus dévastateurs du néolibéralisme mondial (relayé alors par les institutions de Bretton Woods et les fameux plans de réajustement structurel du FMI, et par deux ambassadeurs de choc, Margaret Thatcher et Ronald Reagan).

Les ouvriers, chômeurs et classes populaires, oubliés par les Socialistes, renoncent au vote où vont vers le Front National, seul parti leur adressant désormais la parole.

Entre 1997 et 2002, lorsque la gauche revient au pouvoir, elle privatise plus d’entreprises que sous Balladur. Elle a cette fois-ci complètement renoncée. On sait ce qu’il advient, elle n’est même pas présente au second tour des élections de 2002. Et au lieu d’opérer enfin une mue idéologique non pas pour céder aux sirènes du tout marché mais pour proposer une nouvelle grille de lecture du monde, telle qu’issue par exemple des mouvements altermondialistes qui donnent de la voix depuis 1999, la gauche préfère culpabiliser les électeurs.

Et aujourd’hui, et bien le parti socialiste est encore « à contresens sur l’autoroute des idées » (François Ruffin). Alors que toutes les bourses s’effondrent, Delanoë, lancé à la conquête du PS, se proclamait, très fier de lui, « libéral », au printemps dernier. Manuel Valls voulait abandonner le nom de « socialiste » pour soi-disant, comme si c’était l’urgence tant attendue par le petit peuple, « réconcilier les idées de gauche et le marché ». C’est vrai que lorsque Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui directeur du Fonds monétaire international, était ministre de l’économie et des finances entre 97 et 99, nous vivions sous domination des Soviets. C’est au contraire lui qui contribua à enterrer définitivement toute idée socialiste au sein du PS concernant l’économie. Le deuil du socialisme est fait depuis longtemps au PS. Ségolène Royal quant à elle, ancienne candidate malheureuse face à Sarkozy, prône depuis la campagne présidentielle l’ouverture au Modem, c'est-à-dire au centre droit.

Le plus drôle, c’est que dans le même temps, de l’autre côté de l’Atlantique, des personnalités telles qu’Alan Greenspan, ex directeur de la FED, ou encore Lawrence Summers, 71e secrétaire au Trésor américain entre 99 et 2001, pas vraiment des gauchistes patentés, commencent à douter des bienfaits de la totale dérégulation. Les Socialistes français prennent le train en marche dans le dernier wagon alors qu’il s’apprête à heurter le mur de plein fouet. On aurait pu souhaiter pour la gauche d’un pays comme la France, si souvent révolutionnaire au cours de son histoire, un peu plus de clairvoyance et de sens critique.

Les Socialistes n’ont-ils pas remarqué que de l’autre côté des Alpes, leurs amis, qui se sont proclamés démocrates et non plus socialistes après leur ouverture au centre, se sont pris une « branlée » monumentale aux élections d’avril 2008 ? Ce pourtant par une personnalité aussi ridicule et caricaturale que Silvio Berlusconi, englué dans les affaires jusqu’au cou et ayant gouverné déjà deux fois l’Italie sans avoir laissé un souvenir impérissable. La seule leçon à tirer de tout cela, c’est que lorsque la gauche court après la droite, elle perd, notamment sur le thème de l’insécurité. Celle-ci, et il faut le marteler sans cesse, n’est que le paravent, le cache-sexe, de la question sociale.

Le dogme croissanciste

L’autre paravent, masque bien pratique pour dissimuler les inégalités sociales, c’est la sacro-sainte CROISSANCE. Les parts du gâteau ne sont pas équitables ? Grossissons le gâteau à l’infini. Or, et personne ne nous l’explique jamais dans les médias dominants, comment base t’on un système économique sur une croissance infinie sur une planète aux ressources finies ? Posez la question à Elie Cohen et il vous regardera avec de grands yeux genre « qu’est-ce que c’est que cet ahuri ? Un Bolchevique sans doute !».

Les économistes libéraux parlent du fameux trickle-down effect : en créant toujours plus de richesses d’abord captées par les classes supérieures, celles-ci seront ensuite redistribuées du haut vers le bas de la société de façon automatique, comme par magie. Sauf que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, et toujours aussi nombreux. Un rapport du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) de 2005 estimait que les 50 plus grandes fortunes du monde gagnaient alors plus que les 416 millions de personnes les plus pauvres. Pour celles-ci, les effets positifs de la croissance se font encore attendre, alors que les négatifs, réchauffement climatique et dégradations environnementales (pollutions des sols, des eaux, sécheresses, perte de biodiversité, etc.) sont de plus en plus perceptibles. Par exemple, un habitant lambda du Bangladesh reste toujours aussi pauvre mais a de plus en plus souvent les pieds dans l’eau.

Comme le dit George Monbiot, journaliste et universitaire britannique spécialiste de l’environnement, « les gouvernements adorent la croissance parce qu’elle les dispense de s’attaquer aux inégalités ». Henry Wallich, ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine entre 74 et 86, tient le même discours : « La croissance est un substitut à l’égalité de revenu. Tant qu’il y a de la croissance, il y a de l’espoir, et cela rend tolérables les grands écarts de revenus. » « La croissance est un sédatif politique qui étouffe la contestation, permet aux gouvernements d’éviter l’affrontement avec les riches, empêche de bâtir une économie juste et durable ». Là encore, ce n’est pas un gauchiste invétéré qui s’exprime. Une trace de ce type de propos dans les motions socialistes pour le Congrès de Reims ? Une seule, dans la motion Utopia, prête pour la décroissance, mais qui risque au mieux de faire 5% et qui sera donc absente de l’exécutif PS pour les années qui viennent.

Et pourtant, pourtant l’actualité n’a jamais autant donné raison aux partisans d’un changement de système économique. Alors pourquoi pas l’écologie et la décroissance ?

Une occasion historique

Toute la planète finance s’effondre, les multiples mises en garde des altermondialistes qui depuis des années criaient seuls dans le désert se vérifient, les penseurs les plus libéraux découvrent tout d’un coup les vertus de l’interventionnisme étatique, etc. Il faut « refonder le capitalisme » sur de bonnes bases, rien que cela. Nicolas Sarkozy a beau jeu maintenant de prendre la posture du chef d’orchestre de la refonte du capitalisme et du retour de l’Etat, lui qui prône depuis des années l’adoption en France du libéralisme anglo-saxon. Il faut garder à l’esprit qu’il y a encore quelques semaines, son gouvernement proposait un texte pour dépénaliser le droit des affaires et donc permettre aux financiers de jouer notre argent avec encore plus de facilité. Et aujourd’hui François Fillon refuse de financer le sauvetage des banques par l’augmentation des impôts (qui toucherait d’abord les plus nantis). Il préfère grever le déficit : tout le monde paye pour l’irresponsabilité de quelques uns qui par ailleurs s’en sont mis plein les poches ces dernières années.

320 milliards d’Euros, oui 320 milliards, c’est la somme débloquée par l’Etat français sous présidence Sarkozy pour sauver les banques, dont 10,5 milliards injectés immédiatement pour soulager les six grandes banques françaises ! Et ce n’est que le commencement. Comparaison n’est pas raison, certes, mais mettons à côté de ce chiffre celui du trou de la sécu, 15 milliards prévus en 2009, servant à justifier en permanence les déremboursements de soins (dentaires, optiques, frais d’hospitalisation, etc.), ou encore le budget de l’éducation nationale, 58 milliards d’Euros pour 2008, 19 milliards de moins qu’en 2007, et 13 500 postes de profs supprimés l’année prochaine, toujours pour raison budgétaire. Dernier chiffre : 10 milliards d'euros, c'est exactement le montant nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde, selon une estimation des Nations Unies.

On le voit, la priorité de l’Etat français aujourd’hui, ce n’est ni la santé de nos concitoyens, ni l’avenir de nos enfants, mais le sauvetage d’un système économique libéral complètement fou. La machine infernale s’est autodétruite, ce phénomène ayant accéléré ces dernières années par l’impéritie d’une poignée de financiers rapaces dont la majeure partie de nos dirigeants, français et européens, partage encore aujourd’hui le même prisme idéologique (celui du libre échange).

L’économie réelle commence juste à subir les premiers effets de la crise financière. Dans les mois qui viennent, 20 millions de personnes risquent de se retrouver au chômage dans le monde (chiffre du directeur du Bureau International du Travail - BIT.) Précarisation accrue au Nord, multiplication des émeutes de la faim au Sud, nous ne sommes plus dans l’urgence mais dans la bérézina.

Les mouvements de résistance à la globalisation financière, écologistes et altermondialistes, n’avaient jamais encore vu leurs constats critiques sur l’économie s’avérer, malheureusement, aussi justes. Ce n’est pas pour cela qu’ils sont plus entendus. Bien au contraire, ce sont exactement les mêmes acteurs, pompiers pyromanes, qui mettent leur casquette à l’envers pour prôner aujourd’hui ce qu’ils réfutaient hier, disons pour faire vite l’intervention de l’Etat et le retour du secteur public sur la scène internationale. Et les Nicolas Baverez, Elie Cohen, Jacques Attali et autre essayiste de salons, qui nous bassinent depuis des lustres avec la nécessité du tout marché, sont les mêmes aujourd’hui qui, sans honte aucune, nous vantent les vertus de l’Etat. Mais « qu’on leur coupe la tête ! » pour citer la Reine de Pic dans Alice au Pays des Merveilles. Foutez-nous la paix !

Allons nous encore écouter longtemps les mêmes vieilles badernes radoter sur nos ondes et dans nos journaux la nécessité de nous adapter à ce monde libéral qui n’a plus aucun sens. L’argument budgétaire pour freiner les avancées sociales, c’est fini ! Quand on trouve 320 milliards en 24h pour sauver des banques, on est en mesure de trouver des sous pour tout le reste.  

Alors saisissons cette occasion historique : parlons écologie, parlons décroissance conviviale et solidaire, parlons partage des ressources naturelles entre le Nord et le Sud. Cela n’a plus rien d’utopique quand les soi-disant « réalistes » libéraux nous foutent en l’air la planète. Et s’ils ne veulent toujours pas nous écouter, il va falloir les pousser vers la sortie avec un coup de pied au derrière.

Pour citer Jean Jaurès, un socialiste qui lui n’a jamais renoncé : « ce que la vie m’a révélé, ce n’est point l’idée socialiste, c’est la nécessité du combat. » Alors battons-nous !

Le rassemblement des écologistes de tous bords est une première étape pour peser face à tous les partisans du productivisme qui se sont, s’en rendent-ils compte aujourd’hui, historiquement plantés. Cessons d’agrandir le gâteau, la planète ne le supporte plus, mais partageons-le enfin en parts égales car, comme le disait Gandhi, « il y a assez de biens en ce monde pour les besoins de tous, mais pas assez pour l’avidité de chacun. »

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